Paul-Louis Courier

épistolier, pamphlétaire, helléniste
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A MonsieurDyck par Neuss, dép de la Roer
Monsieur Courierce 21 septembre 1812.
Homme de lettres
Rue des Bourdonnais n°12


expo_paris.jpg Exposition au Salon du Louvre en 1787
 


D es affaires très sérieuses, très futiles ; des courses nécessaires, et d’autres inutiles, tous les tracas de la vie enfin, et par-dessus les embarras de la campagne et des distances, m’ont privée jusqu’à présent du plaisir de vous répondre, Monsieur. Cela me fait d’autant plus de peine quand j’y pense, que je vois que vous n’avez pas reçu la longue lettre que vous m’aviez indiquée et une autre petite que, s’il m’en souvient, je vous avais fait passer par Mme Clavier. Nous voici donc à recommencer. Je recommence par vous dire que je vous engageais à venir nous voir dans notre vieux et romantique château, et que je vous y engagerais encore si je ne voyais s’approcher à grands pas la saison de la retraite, c’est-à-dire de la retraite à la ville que je préfère mille millions de fois à celle des champs qui me désespère. J’aime l’indépendance en tout, et je trouve qu’on n’est indépendant de rien à la campagne hors d’entrer et de sortir de chez soi, encore quand le temps le permet. Quant à s’amuser quand on le veut, voir des amis, dîner en ville, aller seul ou en compagnie au spectacle, se promener en bonne compagnie, se procurer avec de l’argent tout ce dont on a besoin ou tout ce qui fait plaisir, se faire belle pour l’un et non pour l’autre, et satisfaire ses fantaisies comme et quand on le veut, il n’y faut pas compter dans une solitude, ordinairement loin d’une petite ville, où l’on est accablé de voisins ou absolument abandonné, où on n’est servi promptement dans ce qu’on veut à prix d’or, et en éreintant de pauvres diables qu’on fait courir jour et nuit. Tout cela est triste. La nature n’est pas bonne à voir de si près, et pour un habitant de la ville et un ami des lettres, cette belle vie est une véritable déchéance. Cela n’empêche pas que cette éternelle raison ne commande et ne soit obéie, et qu’enfin on ne tire parti des circonstances le mieux possible. Mais on rentre à Paris quand on le peut et c’est ce que je ferai dès que je le pourrai.
Cependant, et j’en enrage, il est une circonstance qui me ferait rester ici avant l’hiver. Ce serait bien alors que la société d’un homme instruit me serait précieuse ; répondez-moi, je vous répondrai aussi. Je vous tiendrai au courant de ma vie, et si par hasard le courant de la ville vous permettait de nous donner quelques jours, ce serait autant de pris sur l’ennemi. Nous nous désennuierions ensemble je ne vous parle pas de la brochure que vous m’avez envoyée. Vous avez peut-être reçue la lettre où je vous en remerciais.
Au revoir, Monsieur, mon mari et ma grande fille vous disent mille choses, ils se portent bien ainsi que moi qui vous assure de mon amitié et de ma sincère estime.

Constance de Salm


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