Paul-Louis Courier

Cronista, panflettista, polemista
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prec Sans mention de Florence le 5 décembre 1809 De M Renouard De M Renouard le 6 février 1810 Suiv

Monsieur
Chez Messieurs Molini et Landi,
Libraires à Florence

Paris, le 28 décembre 1809.

P Histoire aethiopique d'Héliodore de Jacques Amyot Histoire aethiopique d'Héliodore de Jacques Amyot
 
ar Messieurs Molini et Landi je viens de vous adresser franc de port, et par la poste un exemplaire de l’héliodore d’Amyot. Il est très mauvais1, je n’en ai pu rencontrer un meilleur, au reste c’est ce qui je crois vous sera à peu près indifférent. Je pense que maintenant vous avez tout ce qui vous est nécessaire au moins pour le fragment, et que vous allez me faire l’amitié de me l’envoyer. Je vous avoue que je l’attends avec une bien vive impatience : elle est égale au plaisir que m’a fait la découverte. Mon édition d’Amyot a été faite sur l’original de 1559, et je crains bien que les leçons dont vous me parlez ne soient précisément de celles que j’ai en assez grand nombre rétablies d’après cette édition, qui a été pour moi une autorité d’autant plus respectable que toutes les autres ont été faites après la mort de l’auteur, et même fort longtemps après. Celle dite du Régent2, qui a été copiée depuis, est celle où l’on s’était permis le plus de changements, souvent sans aucun motif raisonnable. Je ferai ces vérifications, et je vous en donnerai la note.
A mon arrivée j’ai été chez M. Stone, il était absent, on m’y promit une réponse, je revins ensuite, et enfin il vient de m’envoyer une note qui m’apprend que tout est imprimé hors une ou deux feuilles, et que l’édition est à votre disposition, ou à la mienne, si j’ai de vous l’ordre de la retirer. Je lui ai demandé deux exemplaires de toutes les feuilles tirées ; aussitôt que je les aurai reçus, j’aurai soin de vous en adresser un par la poste, ainsi que la note des dépenses que j’ai pareillement demandée3.
Il était temps de revenir ; notre voyage s’est terminé sans accidents réels, mais non pas sans quelques contrariétés de route. La neige nous a retenus prisonniers cinq jours entiers dans l’hospice du Simplon, une journée dans un village près de Genève, à cause d’une énorme avalanche de pierres, tombée une heure avant notre passage, et qui nous aurait écrasés si elle nous eut rencontrés en chemin.
Si vous persistez dans votre résolution d’essayer l’achat de quelques anciens livres, je ne puis que vous approuver, et vous engager à fouiller un peu la ville de Rome et les pays plus reculés de l’Italie ; vous y trouverez indubitablement des articles de quelque intérêt.
J’apprendrai avec grand plaisir le résultat de vos recherches en ce genre.
Attendant avec empressement de vos nouvelles, je vous salue d’amitié.


Ant. Aug. Renouard


[1] C’est-à-dire en mauvais état. Il est vrai que la première parution de la traduction de cet ouvrage – dérobé en 1526 lors de la prise de Buda par Soliman par un soldat allemand dans la superbe bibliothèque du roi de Hongrie Mathias Corvin - par Amyot remonte à 1548. Après découverte dans la bibliothèque de la Vaticane d’une version quelque peu différente, Amyot donna une traduction remaniée en 1559, intitulée : L’histoire æthiopique de Heliodoros, contenant dix livres, traitant des loyales et pudiques amours de Theagenes Thessalien et Chariclea Æthiopienne. Traduite de Grec en François, et de nouveau reveüe et corrigée, sur un ancien exemplaire escript à la main, par le translateur, où est déclaré au vray qui en a été le premier autheur.
Cette même année 1559 parut également le roman de Longus traduit par Amyot Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé.  Note1
[2] Il s’agit du régent Philippe d’Orléans. Il avait réalisé plusieurs dessins de sa main pour illustrer une édition anonyme des amours pastorales de Daphnis et Chloé parues en 1718. Cette édition fut plusieurs fois réimprimée.  Note2
[3] A la demande de Courier qui travaillait à sa traduction sollicita M. de Sainte Croix pour que fût imprimé le manuscrit de Xénophon. La mort l’en empêcha ; Sylvestre de Sacy succéda au défunt mais confia cette tâche à M. Clavier. John Hurford Stone (1763-1818) l’imprima et Renouard l’édita.  Note3

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