Paul-Louis Courier

Korrespondent, Pamphletist, Hellenistische
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prec De M. Renouard le 10 mars 1810 A M. Clavier A la comtesse de Salm-Dyck de Tivoli le 20 juin 1810 Suiv

Florence, le 29 mars 1810.

Monsieur Clavier
Juge au tribunal d'Appel
Membre de l'Institut
Rue Coq Héron, maison Lenfantin1
à Paris

Monsieur

J Maria Anna Elisa Bonaparte (1777 - 1820) Maria Anna Elisa Bonaparte (1777 - 1820)
 
e mets à la poste pour vous deux exemplaires d’une brochure qui vous donnera une idée de ma trouvaille. Un de ces exemplaires est destiné à M. Coraï auquel je vous prie de le faire remettre. Quand j’aurai collationné les manuscrits de Rome je ferai imprimer le texte et j’aurai l’honneur de vous l’offrir également.
Mille respects je vous prie à Madame Clavier. Vous êtes bien bon de vous occuper des grands hommes ; j'en ai vu de près deux ou trois; c'étaient de sots personnages.
Cette traduction quoiqu’imprimée n’est pas publique, ou si vous voulez elle ne l’est qu’à demi. Car de soixante exemplaires il n’y en a que vingt de distribués. J’ai voulu que cela ait au moins le mérite de la rareté. Une fort Grande Dame de par le monde2, qui est maintenant à Paris pour le mariage de son frère, m’a fait dire qu’elle accepterait la dédicace de ma petite drôlerie3, comme dit M. Jourdain. Je m’en suis excusé sur l’indécence du sujet. Renouard peut vous conter cela. Il était présent quand on me fit cette invitation. ερρωσο4.

P.-S. Voici ce que dit Molini. Il va vous envoyer les Fables d'Ésope, qui, par parenthèse sont tirées du même manuscrit que mon Longus. Il vous enverra en même temps le compte de ce qu'il a vendu de votre Apollodore.

A Madame Clavier

Lisez Daphnis et Chloé, Madame ; c'est la meilleure pastorale qu'ait jamais faite aucun évêque. Amyot qui l’a traduite était évêque d’Auxerre et l’on voit que dans ce travail il a eu d'étranges distractions, que j'attribue au sujet et à quelques détails d'une, naïveté rare. Pour moi on m'accuse comme vous savez de m'occuper des mots plus que des choses, mais je vous assure qu'en cherchant des mots pour ces petits polissons j’ai souvent pensé à leurs choses. Passez-moi cette turlupinade, comme dit Mme de Sévigné ; et ne doutez jamais de mon profond respect.
Il y a bien plus à vous dire. Amyot fut un des pères du concile de Trente. Tout ce qu'il a écrit est article de foi. Faites à présent des façons pour lire son Longus. En vérité, il n'y a point de meilleure lecture. C'est un livre à mettre entre les mains de mesdemoiselles vos filles tout de suite après le catéchisme5.

Ant. Aug. Renouard


[1] Courier a écrit par mégarde Lenfantin au lieu de Enfantin.  Note1
[2] Il s’agit de Marie-Anne-Élisa Bonaparte (1777-1820), aînée des trois sœurs de Napoléon Ier. Vivant à Marseille, elle fait la connaissance d’un compatriote de famille noble dénué de toute fortune, le capitaine d’infanterie Félix Bacciochi. Ils se marient le 5 mai 1797. En 1805, Napoléon répartit des couronnes dans sa famille ; Élisa est la première à être pourvue d'un état : c'est la principauté de Piombino. Cédant à ses prières, son empereur de frère y joint bientôt celle de Lucques. En mars 1809, le grand-duché de Toscane lui est octroyé. Elle se montre digne sœur de l’empereur et déploie des talents conformément à son ambition. Bacciochi, couronné en même temps qu’elle, règne, mais ne gouverna pas. Éclipsé par l’esprit supérieur de sa femme, il a la sagacité de lui abandonner la direction des affaires. Le soir du 11 novembre 1809, le baron Fauchet, préfet de l’Arno organisa au palais Riccardi-Medici une réception à laquelle participèrent, entre autres, Renouard et Courier. Il suggéra à ce dernier de dédier sa traduction de Daphnis et Chloé ce qu’il refusa, en mauvais courtisan qu’il était.  Note2
[3] Le bourgeois gentilhomme, acte 1, scène 2.  Note3
[4] Cf. la fin de la lettre de M. Akerblad du 22 février précédent.  Note4
[5] Au terme de cette lettre, le RCL explique ceci : « Courier quitta Florence le 24 mars, et vint à Rome. Il ne resta en ville que peu de jours, et alla s'établir à Tivoli avec ses livres pour travailler dans la solitude, et mettre la dernière main au texte de Longus, qu'il se proposait de publier. Au mois d'août il revint à Rome pour le faire imprimer : l'édition fut faite à ses frais et l'ouvrage tiré à cinquante-deux exemplaires seulement, qu'il envoya à ses amis et aux hellénistes de sa connaissance, français, italiens et allemands. »  Note5

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